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L'INFO DU JOUR

Le blog "L'après match" se met momentanément en veille. Merci de votre compréhension...

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jeudi 9 février 2012

"J'ai été contacté par Facebook..."

FOOT PRO La Coupe d’Afrique des Nations 2012 (CAN) se déroule en ce moment, en Guinée équatoriale et au Gabon. Les demi-finales mettaient hier aux prises le Mali à la Côte d’Ivoire, ainsi que la Zambie au Ghana. 

L’attaquant valaisan du Stade Nyonnais Abdul Carrupt (26 ans) – né au Portugal et installé en Suisse depuis l’âge de 5 ans – connaît bien l’Afrique, lui qui est originaire de  Guinée-Bissau. Il a d’ailleurs participé à une rencontre de qualification pour la CAN 2012, en mars 2011, sous les couleurs guinéennes. Il revient sur cette expérience hors du commun, évoquant également le football africain en général ainsi que ses différents enjeux.

Comment est arrivée ta sélection avec l’équipe nationale de Guinée-Bissau, en mars 2011?
J’ai été contacté quelques mois avant ce match, par Facebook! L’entraîneur assistant était chargé de repérer les joueurs guinéens en Europe. Ils m’ont ensuite appelé pour pallier l’absence d’un des milieux offensifs de la sélection, à l’occasion d’une rencontre de qualification pour la CAN 2012. J’ai joué le dernier quart d’heure et nous avons perdu 0-1 contre l’Ouganda.

Tu en as profité pour rencontrer certains membres de ta famille?
Oui, du côté de mon père. J’ai appris ma sélection une semaine avant le match, je n’ai donc pas eu le temps de les avertir. Mais, ma tante m’a retrouvé en entendant mon nom à la radio pendant qu’on était à l’entraînement. Elle est venue me voir au stade et j’ai fait en sorte que ma famille puisse assister à la rencontre, deux jours plus tard.

Quelle ambiance as-tu vécue là-bas?
A l’aéroport déjà, il y avait des centaines de personnes pour nous accueillir. On a pris le car et, au lieu de rejoindre l’hôtel directement, on a fait un tour dans la ville de Bissau, pour que les gens sachent qu’on était là. Des gamins nous suivaient en courant ou à vélo, tout le monde saluait le bus, c’était de la folie. Lors du premier entraînement, il y avait 6000 personnes, dans un stade qui peut en contenir 5000... En arrivant, les tribunes étaient déjà pleines, l’entraînement était à 17h30 et les gens étaient là depuis 10h. Ça chantait, ça criait, c’était une ambiance de match. Après l’entraînement, il nous a fallu vingt minutes pour faire dix mètres, parce que les gens nous portaient, un à un, jusqu’à l’entrée du bus. Et ce n’était que le premier entraînement...

Et lors de la rencontre?
On a joué dans le même stade de 5000 places, car l’enceinte principale était en rénovation. Il y avait en tout cas le double de spectateurs! Les gens escaladaient les grillages et les tribunes, il y avait des supporters sur tous les toits. Ils vibraient, on voyait dans leurs yeux la fierté de leur équipe nationale. On sentait vraiment qu’on était là pour représenter le pays.

Quel est le niveau de la sélection de la Guinée-Bissau?
La plupart des joueurs jouent au Portugal, certains en France ou en Chine. La sélection est très jeune, car c’est un pays qui a vécu la guerre civile à la fin des années 90. Elle existe depuis moins de deux ans, c’est le sélectionneur actuel – le Portugais Norton De Matos – qui a voulu refaire une équipe. Malheureusement, elle ne s’est pas qualifiée pour la présente CAN.

Les entraîneurs de nations africaines, justement, sont souvent européens. Comment l’expliques-tu?
Il n’y a pas beaucoup d’entraîneurs en Afrique. Et en général, les sélectionneurs européens qui vont en Afrique ont déjà une certaine expérience, ils ont beaucoup à apporter. Dans le football africain, il y a beaucoup de débauche d’énergie mais pas énormément d’organisation. Ça joue surtout au cœur. Si on regarde la Côte d’Ivoire, ça ressemble à une équipe européenne, car la plupart des joueurs de ce pays jouent en Europe, en club. Mais si on prend par exemple le Gabon, même avec quelques joueurs qui évoluent en Europe, leur mentalité change sous le maillot national. La ferveur est tellement grande qu’ils jouent vraiment pour le maillot. Le football n’a plus les mêmes règles. On fait tout pour son maillot et ça influence le jeu. Tout d’un coup, on peut voir le défenseur central qui fait une persée dans l’axe vers l’avant, des frappes de 45 mètres... Bref, des trucs que l’on ne voit jamais ici. Le rationnel se perd, tellement l’émotion est grande.

Dans de tels pays où la misère est omniprésente, le football est-il rassembleur?
Quand je suis allé en Guinée-Bissau, un jour nous nous sommes rendus au Ministère où le président du pays a fait un discours en direct à la télévision. Son message était que l’on devait redonner de la joie au peuple pour l’aider. On se devait de faire bonne figure afin de montrer que la Guinée-Bissau avait une valeur en Afrique. Le fait que l’on ait perdu a vraiment affecté les gens, ils étaient très tristes, mais ne nous en voulaient pas. Le discours du président, c’était clairement pour promouvoir le pays.

Les dirigeants africains utilisent donc le football à des fins politiques...
Bien sûr! On sentait que le président était content d’être au pouvoir au moment où le pays retrouvait une sélection de football. Content de s’appuyer sur ça, pour faire passer un message.

Pour revenir aux joueurs, beaucoup d’Africains s’en vont jouer en Europe. Un choix difficile?
Pour avoir joué avec certains joueurs qui se sont expatriés je peux vous dire que le choix ne se pose même pas. Suivant d’où ils viennent et la misère dans laquelle ils vivent, les joueurs partent en Europe pour améliorer le niveau de vie de leur famille, pour les aider financièrement.

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